Principes de psychologie positive : théories et pratiques

Principes de psychologie positive : théories et pratiques

La psychologie positive : quelles avancées, quels apports ?

Les apports des sciences cognitives se sont approfondis ces dernières années. En particulier, les neurosciences ont progressé dans la connaissance du cerveau et des principes de psychologie positive. Où en est-on aujourd’hui de la compréhension des émotions, des processus de décision, des mécanismes de traitement de l’information ?

« Et n’oublie pas d’être heureux »

Les récentes recherches en psychologie positive mettent en évidence, grâce à l’imagerie cérébrale, les réactions cérébrales et biologiques associées non seulement aux émotions positives, mais aussi aux états de conscience qui leur sont liés. Elles ouvrent des perspectives nouvelles sur les capacités mentales et émotionnelles qui nous aident à savourer la vie, résoudre les problèmes et surmonter l’adversité.

Cinq principes de la psychologie positive

Premier principe : il est possible d’accroître notre niveau de bien-être subjectif. Pendant longtemps, on a pensé que ce bien-être subjectif était fixé a priori, comme si les individus étaient prédestinés à être heureux, sereins, maussades… Or on sait maintenant que la moitié des influences sur le bien-être subjectif sont certes liées soit au tempérament, au modèle parental. Ces éléments, à l’âge adulte, se figent et accompagnent les individus tout au long de leur vie – mais, également, à des activités intentionnelles (40%) et à des circonstances, à l’environnement immédiat (10%).

Second principe : les ressentis positifs, la capacité à se sentir bien relèvent d’un entraînement. Il ne suffit pas de le décider pour être heureux – il faut s’entraîner, faire des exercices pour progresser.

Troisième principe : cet entraînement modifie, progressivement, et à long terme, nos câblages, donc nos automatismes cérébraux. On sait maintenant que le cerveau est plastique : sa configuration, les connexions neurales, la dynamique fonctionnelle cérébrale donc, peuvent être modifiés. Cet élément est essentiel : il valide le fait que des efforts comportementaux ont la même capacité que les médicaments à modifier le fonctionnement cérébral. Comme le font les médicaments par exemple, les psychothérapies modifient le fonctionnement cérébral.

Quatrième principe : la psychologie positive n’est pas l’art de tout positiver. Il s’agit de la recherche d’une capacité à positiver à chaque fois que cela est possible, pertinent et utile.

Dernier principe : bonheur et bien-être sont aussi une affaire de conscience et d’attention. Le bien-être émotionnel dépend de capacités attentionnelles – sa capacité à fixer son attention sur tel ou tel point de sa vie.

A la lecture de manuels de psychologie positive, on a parfois l’impression que l’on énumère des platitudes, déjà évoquées à de nombreuses reprises au cours de l’Histoire : savourer l’instant présent, faire le bien autour de soi… autant de principes existant depuis 2 000 ans. Ceci étant, si ces principes sont connus de longue date, ils ne sont pas utilisés, pas mis en oeuvre.

De surcroît, les conseils, les stratégies de psychologie positive sont souvent des éléments anodins, comme s’il s’agissait de brins d’une corde. C’est en les associant que l’on parvient précisément à constituer une corde, donc un outil permettant de modifier son fonctionnement émotionnel.

Qu’est-ce que la psychologie positive ?

La psychologie positive est une réflexion scientifique (donc reposant sur des données valides) sur le fonctionnement humain optimal, se concentrant sur l’étude de ce qui favorise la santé et le bien-être, et non plus seulement sur l’étude de ce qui les entrave, et encourageant au développement et au maintien régulier d’attitudes mentales et comportementales visant au bien-être émotionnel pour soi et les autres. La psychologie positive, ce ne sont donc pas des concepts, mais des pratiques, des apprentissages.

A l’inverse, la psychologie positive n’est pas :

• Un recyclage de la pensée positive ;

• Un déni de la réalité ;

• Une approche non-fondée sur une démarche d’évaluation.

La psychologie positive est aujourd’hui un courant scientifique, faisant l’objet de nombreux manuels, tant en France qu’à l’étranger.

Les bénéfices des émotions positives

Emotions positives et vision du monde.

Des recherches ont permis de mettre en lumière le fait que lorsque l’on induit des émotions positives chez des individus, et des émotions négatives chez d’autres individus, la vision du monde de chacun d’entre eux va changer. Au-delà, ces deux groupes d’individus n’auront pas la même perception d’un même schéma.

Les émotions positives sont associées à une plus grande rapidité cérébrale.

Après inductions d’émotions positives donc, les individus ont de meilleures capacités de concentration et de retour à la concentration après distraction.

Les études sont nombreuses à montrer que les émotions positives sont directement associées à des capacités intellectuelles accrues.

Les émotions – positives ou négatives – influencent la réaction des individus face à l’incertitude. Si l’on demande par exemple à des individus de trouver des mots à partir de quelques lettres qui leur sont donnés, les personnes chez qui on a induit des émotions positives auront tendance à citer des mots positifs. Les personnes chez qui on induit des émotions négatives feront l’inverse.

Les émotions positives, par ailleurs, facilitent les comportements prosociaux, donc améliorent sur le lien social. Rebecca Shankland par exemple a montré que les émotions positives incitaient les individus à donner de l’argent. En d’autres termes, les individus heureux sont plus généreux que les autres. A l’inverse, certaines études ont montré que le comportement pro-social facilite les émotions positives – être égoïste, ne s’occuper que de soi n’est pas une bonne stratégie pour être heureux.

Emotions positives et santé.

Deux familles de travaux, sur le court terme et sur le long terme, ont été menées à ce titre :

• Emotions positives et santé à court terme : les individus chez qui on induit des émotions positives – en leur faisant regarder un film drôle ou agréable par exemple – retrouvent plus rapidement une fréquence cardiaque de repos que ceux à qui on a projeté un film neutre ou triste. Vivre des moments agréables, avoir des émotions positives, sont des « réparateurs » biologiques – cela améliore, à tout le moins, l’état de santé des individus.

• Emotions positives et santé à long terme : plus les individus sont mus par des émotions positives précocement, plus leur longévité est élevée. Plus, en d’autres termes, on a des prédispositions à ressentir régulièrement des émotions positives est un des facteurs, parmi d’autres, qui permet de vivre plus longtemps.

Les émotions positives, donc, sont bonnes pour la santé, au moins tant que l’on n’est pas malade. En tout état de cause, les émotions positives ont un effet puissant sur la santé.

L’équilibre émotionnel.

Il est inutile de vouloir tout, toujours positiver. En effet, les émotions positives peuvent nous écarter de la réalité et de ses contingences. On le voit, par exemple, chez les personnes amoureuses depuis quelques mois seulement, ou chez les jeunes mères. Ces personnes, à qui l’on montre une photo de l’être aimé, voient toutes les zones liées aux émotions positives s’activer… et se désactiver toutes les zones liées aux émotions négatives.

Dans de telles circonstances, l’esprit critique, la capacité à se protéger d’un danger, la capacité à se défendre… s’amoindrit. Les états d’âme négatifs ne doivent pas être totalement occultés. La culpabilité que l’on ressent après avoir accompli une mauvaise action permet de gagner en empathie, par exemple ; la peur du danger est nécessaire lorsque l’on fait de la haute montagne etc.

Il faut donc trouver un équilibre entre émotions positives et émotions négatives – il faut donc trouver un équilibre émotionnel. Les individus qui ne sont atteints d’aucune pathologie particulière, qui ne sont exposés à aucun stress majeur, ressentent en moyenne trois émotions positives pour une émotion négative (cf. ratio de Losada). Il ne faut pas chercher à éradiquer les émotions négatives… mais veiller à ce que ce fameux de ratio de Losada soit respecté. On peut également développer les états d’âme positifs, en augmentant la fréquence des moments agréables… et en se les remémorant. On trouve là un des exercices de la psychologie positive, qui consiste, avant de s’endormir, à repenser à trois bons moments de la journée. Cela permet de les « revivre », de s’y replonger, de les visualiser.

Cet exercice de « musculation » de la capacité à extraire systématiquement les moments positifs produit de réels effets s’il est réalisé régulièrement sur le long terme. Les exercices liés à la psychologie positive, donc, permettent de favoriser un équilibre optimal entre émotions positives et émotions négatives.

Présence, conscience et attention.

La société contemporaine a ceci de particulier qu’elle va de pair, chez les individus, avec une foule de sollicitations digitales. Celles-ci sont apparues et son multipliées extrêmement vite. Or les écrans sont aussi addictogènes pour le cerveau que le sont le sucre ou le sel pour l’estomac. Les écrans véhiculent des informations changeantes, faciles d’accès… qui viennent perturber le fonctionnement psychologique des individus. En d’autres termes, les progrès technologiques, très rapides, n’ont pas pu s’accompagner de progrès psychologiques, qui ont besoin de beaucoup de temps. Le temps d’écran « grignote » le temps de repos, le temps de socialisation… Au-delà, ces conditions de vie contemporaines perturbent l’équilibre attentionnel.

Plus les individus ont un bon équilibre attentionnel, plus ils sont susceptibles de se sentir bien. Plus ils agissent de manière dispersée, plus ils sont susceptibles d’être mus par des émotions négatives. Les individus ont donc tout intérêt à faire montre d’autocontrôle, et de « muscler » leurs capacités attentionnelles via, par exemple, la méditation.

Conclusion

Il est possible d’accroître son bien-être subjectif. Cela nécessite un entraînement régulier, comme n’importe quel apprentissage – cet entraînement n’a rien de simple… et nécessite un certain temps. Les effets sont des effets discrets, progressifs et à long terme, qui modifient les circuits et les automatismes cérébraux des individus. L’objectif est d’atteindre un équilibre émotionnel dans lequel les émotions positives soient plus fréquentes que les émotions négatives. A noter enfin que bonheur et bien-être subjectif sont aussi une affaire de conscience et d’attention.

Source : ANVIE – Christophe André