Solitude : sentiment désagréable ou voie d’éveil ?

Solitude : sentiment désagréable ou voie d’éveil ?

Solitude, pourquoi ressentons-nous ce sentiment, cette émotion ?

La Solitude, se sentir seul, je connais très bien ce sentiment, je l’ai longtemps vécu comme une ennemie. Au fil des années, j’ai presque fini par l’apprivoiser et comprendre ce que cette solitude m’enseignait. Ce sentiment de vide intérieur que l’on cherche à tout prix à combler, ce sentiment si intense, qui ressemble parfois à une profonde mélancolie de l’âme, nous l’avons presque tous ressenti à certains moments de nos vies, plus ou moins intensément.

Dans ces moments là, on peut se sentir éloigné de soi-même. Éloigné de son être, éloigné des autres, du monde. Comme dans une sorte d’état dépressif. Envie de ne rien faire, goût pour la vie qui s’éteint, cœur qui se ferme. Douleurs intenses des profondeurs de l’âme. Immense solitude que rien ne vient éveiller. On se sent parfois déprimé de se sentir seul dans ce monde, dans sa vie. De voir défiler toutes ses pensées qui veulent remédier à ce sentiment mais qui ne font que l’amplifier à chaque instant.

Ressentez-vous aussi cela parfois, le fait de vous sentir si seul(e) ?

Notre être nous pousse à expérimenter la solitude, cette émotion si puissante qu’elle empêche d’œuvrer, de croire en soi, de ressentir la joie d’exister et parfois nous plonge dans les abîmes profonds de notre être.

Mais je sais désormais pourquoi j’ai ressenti aussi fortement la solitude dans ma vie.

Je vous rassure, c’est un sentiment très présent chez tous les être humains. L’humanité tout entière se sent seule, se sent « séparée », se sent « coupée » de quelque chose d’essentielle qu’elle ne comprend pas toujours. Ressentir « la mélancolie de l’âme », cette « nuit noire de l’âme » comme l’évoquait Saint Jean de la Croix (1542-1591) est quelque chose de tout à fait normale, c’est un signe, qui nous indique que nous ne sommes pas alignés avec les aspirations profondes de notre âme, de notre être.

En fait, originellement, nous avons remplacé l’unité par la solitude, le sentiment d’unité par le sentiment de « séparation ». Nous nous sommes coupés de notre source et c’est ce qui explique ce sentiment de solitude.

Solitude et dualité intérieure

De mon point de vue, ce sentiment de solitude apparaît, est présent dans nos vies, pour nous aider, nous pousser à chercher autre chose, nous ouvrir à retrouver le chemin vers notre être, vers notre unité.

Pourrions-nous faire ce chemin si nous n’étions pas si fortement touchés par la Solitude ? Voudrions-nous rencontrer notre être si la souffrance de la solitude ne nous y poussait ?

Ressentir la solitude permet d’aller chercher notre opposé et surtout de comprendre les aspirations profondes de notre âme. Ressentir la solitude, comprendre ses messages, c’est comprendre ce chemin qui nous permet d’évoluer.

Souvent, notre mental nous pousse à combler ce manque d’unité, à apaiser le sentiment de solitude en nous incitant à remplir notre vie : activités, loisirs, rencontres, réseaux sociaux… Parce que souvent, c’est la panique quand on ressent le sentiment de solitude. La panique et le désespoir aussi, lié à la souffrance que provoque la séparation en soi.

Or notre mental n’a pas toujours la solution. Le mental veut combler, cherche à faire, à tout prix ! Il crée le manque et son opposé. Il est dans le faire et non dans l’être. C’est une erreur car il est impossible de rencontrer et de ressentir l’état d’unité si je suis dans le faire et l’avoir. On peut écarter ce sentiment pendant un instant, le repousser mais il reviendra encore plus fort, car n’oubliez pas, « tout ce à quoi je résiste persiste ! ». Parce que le sentiment d’unité est un état d’être.

Solitude et état d’unité : Qu’est-ce que l’état d’unité ?

Vivre un état d’unité c’est juste être là, sur Terre. Regarder le monde autour de soi, s’arrêter de vouloir faire, ressentir que sa conscience peut se connecter à tous les humains, voir sa conscience circuler, être dans le monde et hors du monde. C’est avoir la possibilité de naviguer entre les « mondes », d’un monde “inconscient, insouciant” à monde « ordinaire » voire à un monde « extraordinaire », détaché, séparé mais uni à la fois.

Tout simplement se sentir Être, se sentir appartenir à quelque chose de plus grand que soi. C’est sentir que chaque cellule, chaque être vivant, chaque minuscule atome est relié à soi. À chacune de ses respirations. C’est vivre en conscience, une expérience quantique, que tout est relié et sentir, profondément, que nous sommes reliés donc finalement, jamais seul(e)s. Quand je me sens seul, je me rappelle que nous sommes quand même 7 milliards d’individus sur terre, en omettant que les animaux, la nature nous entourent également ! et cela me fait sourire, me fait prendre de la distance et me permet de relativiser ce sentiment qui, comme toujours, n’est que passager et impermanent.

Accueillir sa solitude

Ressentir de la solitude, c’est humain mais c’est surtout se donner la possibilité d’être proche de l’être que nous sommes, profondément, et cela n’est possible qu’en accueillant notre solitude, de la même façon que nous pouvons accueillir nos douleurs. Accueillir sa solitude c’est s’autoriser à se rencontrer et vivre un sentiment d’unité, à chaque instant. C’est surtout prendre conscience que cette solitude nous alerte sur des besoins frustrés, qu’ils soient d’ordre physiques, psychologiques, émotionnels, relationnels mais surtout spirituels.

Je pense que chacun d’entre nous pourrait tirer un grand bénéfice de cette expérience en s’accordant des moments de solitude. Cela peut se faire à l’occasion d’une retraite, dans un lieu propice à la méditation ou simplement par un moment de repos que l’on s’accorde, loin des autres, au contact de la nature, proche de soi, proche de sa propre nature. C’est d’ailleurs ce que je fais à l’instant en écrivant cet article et c’est ressourçant et inspirant.

La solitude, une voie d’éveil ?

Si notre monde veut évoluer, l’humanité sera appelée à vivre cet éveil. Elle ne le vivra que par la non-dualité, en acceptant de voir et de rencontrer la solitude dans laquelle elle se trouve et à laquelle elle reste si désespérément accrochée, par peur de vivre quelque chose d’inconnu. Pourtant comme le rappelle Krishnamurti, notre voie d’éveil ne passe-t-elle pas par « Se libérer du connu » ?

Pour faire écho à l’un de mes derniers articles sur « Le voyage du héros », notre héros, pour cheminer, pour évoluer, pour parcourir son voyage initiatique aura besoin de passer par cette étape. « Le chevalier à l’armure rouillée » passe également par cette étape, il traverse trois châteaux, le château du silence, donc de la solitude, le château de la connaissance et le château de la vérité. Beaucoup de traditions font également référence aux trois portes de la sagesse, j’aurai l’occasion de vous faire part de ce conte prochainement, un Prince qui demande à être éclairé sur le Sentier de la Vie.

Alors, accueillez votre solitude, elle est peut-être votre meilleure amie, celle qui veut vous rappeler pourquoi vous êtes si unique, qui vous rappelle l’objet de votre incarnation, et certainement du sens de votre vie !

Laissez-vous couler avec Grâce vers le lieu de la solitude

Si vous en avez la force, le courage, l’appel, laissez-vous toucher par la dignité de votre solitude. Acceptez de vous connecter à elle, acceptez de vous abandonnez à elle, une solitude… belle… tremblante… ouverte… consciente.

Je dis souvent “qu’un expert est quelqu’un qui a vécu des situations difficiles et s’en est sorti”. Vous savez, je me suis souvent senti seul dans ma vie, je parle par expérience quand je vous parle de solitude. Les épreuves sont ce qui nous fait grandir en compétences et en conscience. J’ai maintes fois voulu échapper à cette solitude par divers stratagèmes, en vain. Un burn out m’a ramené à la raison. Ce burn out a été une nouvelle épreuve, un long chemin de solitude mais il m’a tant enseigné. Alors je vous le dis, osez ce chemin, il vous le rendra, mon burn out m’apparait également aujourd’hui comme une véritable voie d’éveil (voir burn out voie initiatique ?) et cette solitude a été, de nouveau, transformatrice et une compagne d’évolution. Mais pas la seule, fort heureusement.

« Je peux recevoir la souffrance du monde et rester centré et ouvert sur un lieu au-delà »

Les bouddhistes aiment à dire :« Ton cœur est fait pour être brisé… Encore… Et encore… Il craque comme une coquille,, vers une tendresse plus profonde… Et en ressentant la dignité de votre cœur brisé, qui se relit profondément au centre humain, encore plus profond… Autorisez-vous à vous sentir libre en ce monde… Que vos larmes tombent librement sur la terre… Et arrosent les semences de la vie nouvelle. »

Et lorsque vous serez prêts et que vous sentirez cela profondément dans votre centre, faites la transition finale vers celui de la magie et de la transformation. L’énergie du sorcier, le guérisseur archétypale. Laissez la solitude vous toucher et vous guérir de toutes vos blessures personnelles. Qu’elle vous éveille et vous transforme. Et lorsque l’âme est prête, “l’âme agit” (La magie ;-))

Aujourd’hui je remercie ma solitude de m’avoir enseigné tant d’apprentissages. Grâce à elle j’ai appris tant de choses, la solitude et l’unité sont deux éléments d’une même facette, celle de la non dualité. La solitude peut-être une voie d’éveil et un chemin vers l’Amour, le vrai, je le souhaite de tout mon coeur…

Solitude et Amour

Poème écrit par le poète Hafiz  (poète, philosophe et mystique persan XIV ème siècle)

N’abandonne pas, si vite, ta solitude

Laisse la te meurtrire plus profondément.

Qu’elle fermente et te donne du sel

Comme peu d’ingrédients humains

Ou même divins en seraient capables.

Quelque chose manque dans mon cœur ce soir,

Qui a donné à mes yeux cette douceur,

Et à ma voix cette tendresse.

Qui a rendu mon besoin d’amour

Absolument

Clair.